Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 17:04

Malgré l'humiliation d'avoir parfois dû s'appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l'immigration dont descend Mustapha Kessous n'ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d'anti-racisme bien-pensant en arguant qu'il s'abstient de faire usage de son prénom, on s'interroge... Sur qui se cache derrière son nom.

Le courage de rien

Certains se défendent de tout larmoiement, de toute victimisation sous prétexte qu'ils se retrouvent dans les propos de Kessous. Pourtant, c'était bien l'esprit général de la déferlente de bons sentiments qui a fait suite à son article. En plus d'être simpliste, et contrairement au rôle que nombreux commentateurs voudraient lui assigner, celui-ci ne pèse pas lourd dans la lutte contre les discriminations. Un effet d'annonce de plus, maquillé en pavé dans la mare, qui se contente en réalité de mettre en avant les symptômes d'un mal sociétal sans aller en chercher les causes structurelles.

Mais pour ça, encore faut-il faire preuve de courage. Oui, de courage... Celui, en journaliste qui se respecte, de poser la question du pourquoi de ce «racisme ordinaire» qu'on fait mine de découvrir. De faire le lien et poser, par exemple, le débat de la diversité ethnique au sein de sa profession, notamment dans son propre journal. Mais non... Plus facile de donner indirectement un certificat de bonne conduite à son employeur – y assurant sa place en se créant un halo d'intouchabilité au passage – via un mauvais procès en racisme. Mauvais procès car mauvaise démarche que celle qui s'appuie et se contente des anecdotes d'un Arabe mis en avant, par un hasard bien opportuniste, juste après la sortie de Brice Hortefeux.


Nous sommes tous... des baltringues

Une façon de faire soutenue par un système médiatique hypocrite et un troupeau de moutons tout juste bons à braire en choeur la chanson Lily de Pierre Perret. Ce qui nous amène à dire, quitte à en irriter plus d'un, que Alain Finkielkraut («Finky» pour les non-intimes que nous sommes) aurait ici cent fois raison de les reprendre tous de volée pour leur approche convenue et sans nuance, qui prête le flanc à l'accusation de «vomir la France». Pour cette méthode de culpabilisation collective, déjà usée jusqu'à la corde par SOS Racisme, au point de susciter l'exaspération puis la défiance de nombreux «Gaulois» de bonne volonté. Sans compter, puisque c'est la loi du genre, la tentation de pleurniche communautaire. Aujourd'hui le bicot, demain le négro, après-demain la face de craie... On va aller loin comme ça.


Parmi les soutiens évoqués, n'oublions pas tous ces cons de militants «issus de la diversité» qui ont relayé, en levant le pouce, un mec qui leur mettait un doigt sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Un mec balançant sans gêne que sa carte de presse devait lui permettre de se mettre à l'abri du racisme. Lui permettre, en quelque sorte, de franchir le mur d'apartheid séparant ceux qui subissent et la caste des journalistes. Tel Fifty Cents assennant son «Get rich or die trying», il nous fait comprendre : «Bazanés de France, grattez une bonne place. Sinon, tant pis pour vous, vous l'aurez mérité!» 

Une mentalité de planqué qui banalise la xénophobie en la subordonnant au statut social. Qui tente de faire avaliser une conception individualiste d'un combat, alors que celui-ci ne vaut que par la solidarité de ceux qui le mènent. Personne ne le relève, mais Kessous ne dit rien d'autre que cela. Si, comme il en rêvait, le journalisme l'avait démarqué de «ses semblables», l'article, centré sur sa petite personne, n'aurait jamais vu le jour. Et dire qu'il y en a encore, dans cette chialerie générale, pour oser des «Nous sommes tous des Mustapha Kessous»...


C'était bien le Ramadan, Kessous ?

Comment s'étonner que de futures mères hésitent à donner un prénom «typé» à leurs enfants ? Comment s'étonner de voir des Amine vassalisés à coups de blagues néocoloniales et le revendiquer ? Puisqu'on applaudit celui qui cherche plus à se mettre à l'abri du racisme qu'à le combattre. Puisqu'on acclame celui qui a pourtant contribué à entretenir les clichés stigmatisants qu'il prétend dénoncer... Car, si Kessous se plaint entre autres d'avoir été traîté d'islamiste, ce n'est finalement qu'un juste retour de bâton pour celui qui a sciemment présenté Tariq Ramadan comme un manipulateur, le qualifiant de «sophiste» dans un article intitulé La longue dérive de Vénissieux et publié dans... Le Monde. 

Un choix éditorial participant à l'entreprise de diabolisation de l'intellectuel qui, sur ce point, rapproche notre journaliste des grands confrères que sont Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui et, le hasard faisant bien les choses, Eric Zemmour... A ce dernier, Tozer exprime tous ses voeux de rétablissement suite à la fessée infligée par l'islamologue dans On n'est pas couché. Signalons qu'une mauvaise blague court depuis : «Qui veut des poils de cul de Zemmour, serre la main à Ramadan!» Enfin... Gageons que Kessous viendra lui talquer le postérieur s'il lui en fait la demande.


Ca suffit les bougnouleries

N'en déplaîse aux bonnes âmes qui pleurent leurs mères à coups de colères narcissiques ou de blogs opportunistes, la «Kessous mania» n'est, dans le fond, rien qu'une opération de com. Et, à l'image de son bénéficiaire, elle ne dit pas son nom. Un buzz malheureusement alimenté par des anti-racistes dont le manque de pragmatisme et de maîtrise de soi empêche d'être pris au sérieux. Ils le seront le jour où ils se débarrasseront de ce réflexe pavlovien basé sur l'émotion, qui amène à sauter, sans discernement, sur toutes les occasions de cracher leur frustration. Le jour où ils ne céderont plus à la satisfaction éphémère et revencharde d'être artificiellement pris en compte via des complaintes qui n'apportent rien de concret. Et il serait bien que ce jour arrive. Car depuis le temps que ça dure, viendra le moment où le terme «complices» sera plus pertinent que celui d'«idiots utiles» pour les qualifier. A bon entendeur...

En attendant... Pour avoir naïvement et égoïstement conçu une profession au service du public comme un bouclier anti-raciste... Pour avoir alimenté une certaine politique de diabolisation destinée à priver certains animateurs du débat public de leur liberté d'expression... Pour avoir cédé aux avances de l'anti-racisme le plus éculé... Pour n'avoir été que le nom d'une posture médiatique de plus...

Mustapha Kessous : I TOZ YOU !!!

Jack Tozer 


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